Bête_du_Gévaudan_(1764)

La bête du Gévaudan a le triste mérite d'avoir existé effectivement; son histoire demeure tragique puisqu'elle relate la mort de plus de 80 personnes, essentiellement des enfants, sur un total qui avoisine les 200 attaques.

Le principal acteur de cette histoire paraît, a première vue, être un animal, par commodité appellé " la Bête " .

Il faudrait d'ailleurs parler de la Bête de Margeride et de l'Aubrac, car rappelons qu'elle est apparue hors du Gévaudan et a été tuée à l'extérieur  du Gévaudan, comté qu'elle n'a visité que dans sa moitié nord. Mais il est vrai que la plus forte implication politique locale est partie de Mende, siège de l'évêché du Gévaudan.

Il s'agit d'un sujet passionnel, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut le traiter avec désinvolture, par respect pour les victimes, leurs descendants, ainsi que les diverses personnes cités et leur postérité.

 

La Bête; du réel à l'imaginaire

 

La représentation picturale de la Bête.

Les gravures, peintures, sculptures et dessins d'époque relatifs à la Bête ne figuraient pas un loup mais un animal de bien plus grande taille. Pourtant les opposants et destructeurs du loup (qui existaient déjà au XVIIIème siècle) avait tout intérêt à diaboliser le loup à travers cette affaire.

Après avoir fait couler beaucoup de sang, puis de salive, cette affaire à fait couler l'encre à profusion à travers de nombreux ouvrages (plusieurs centaines).

 Certains faits sont indiscutables, d'autres sont simplement pressentis ou imaginés, quelques-uns enfin paraissent douteux, voire invraisemblables.

C'est à partir de cette somme de données hétéroclites, que chacun a construit son propre scénario en l'interprétant à sa manière, avec ou sans parti pris.

On peut classer les auteurs des écrits sur la bête en trois grandes catégories:

- les historiens, souvent très méthodiques, ont le mérite d'avoir mis la lumière des faits précis à partir de l'exploration des documents d'archives. Leur travail a permis de progresser dans cette affaire ô combien mystérieuse!

- les auteurs à la vision plus scientifique, la plupart d'entre eux sont passés près de la découverte du vrai visage de ma Bête, mais sans être très affirmatifs dans leurs thories;

- les romanciers qui ont produit un grand nombres d'ouvrages ont contribué à faire connaître l'affaire, leur travail a souvent constitu à décrire les faits tels que la mémoire véritable les colpore depuis plus de deux siècles.

Parmi cette abondante littérature, on peut distinguer plusieurs " écoles ", chacune ayant ses arguments et ses défenseurs:

- les plus nombreux (car c'est la thèse la plus facile), concluent que la Bête n'était qu'un loup, ou des loups " carnassiers " car pour eux, il ne peut s'agir d'autre chose, et les accusés ne peuvent se défendre. Pour cela ils s'inspirent le plus souvent d'idées reçues, car le loup n'est que rarement accusé de façon formelle dans les écris officiels;

- un certain nombre pense qu'il s'agit d'un animal autre qu'un loup, mais agissant seul, à son gré; cette théorie est improbable selon moi, vu la duré et la constance de cette affaire;

- d'autres ont basé leurs écrits sur la thèse : " la Bête ne pouvait être qu'un homme, un sadique, un détraqué " ; c'est une façon péremptoire de voir les choses, qui à mon sens n'est plus crédible au vu de ce que nous savons aujourd'hui;

- enfin la quatrième " école " , penche pour une association anima-homme ou homme-animal, que ce dernier soit plutôt domestique ou plutôt sauvage. Cest dans cette catégorie que je me rangerai, même si cette thèse, comme la précédente, est plus difficile, car elle implique des personnes (qu'il faut nommer ou au moins pressentir) et expose son auteur à des contestations ventuelles.

Le décor et le contexte de la Bête

 

Le Gévaudan

Un peu de géographie

Le comté du Gévaudan était constitué de l'actuel département de la Lozère, dépendant de la province du Languedoc. Il comprenait en outre le canton de Sauges, rattaché en juillet 1790 au nouveau département de la Haute-Loire de la province d'Auvergne. Par contre le Gévaudan a gagné les cantons de Meyrueis et Villefort.

La surface du Gévaudan était de 6 000 km carré (600 000 hectares), et la population d'alors 100 000 habitants; soit 16 habitants par km carré. Un siècle plus tard, en 1830, il y avait 140 000 habitants, puis 144 000 en 1851, 130 000 en 1900, et enfin 122 000 avant la Première Guerre mondiale en 1911, population à 75% paysanne encore à ce moment-là.

Pour mémoire, aujourd'hui, la surface de la Lozère est de 5 179 km carré pour 72 825 habitants soit 14 habitants/km carré (ce qui en fait d'ailleurs le département le moins habité de France); cette contré s'est donc dépeuplée depuis deux siècles. La moitié nord du Gévaudan est un vaste plateau montagneux, la Margeride, qui culmine à 1495 m au mont Mouchet, délémité par les gorges de la Truyère à l'ouest, et celle de l'Allier à l'est.

Pour mémoire l'électrification des villes ne commencera qu'en 1920 dans le Gévaudan.

Une histoire tourmentée

Les dolmens et tumulus du néolithique attestent une occupation du Gévaudan par l'homme des cavernes. Au village de L'Eclusel, près de Monistrol-d'Allier, existent des grottes utilisées par l'homme préhistorique.

Selon un inventaire de 1901, il existerait plus de 250 monuments mégalithiques dans le département Lozère, ce qui le place au premier plan en France.

Bien plus tard, deux siècles av. J.C, Javols fut fonde par des Gaulois dénommés " Gabales " . Ce nom vient de " gaba " signifiant gorge de montagne: c'était une des 113 tribus occupant la Gaule entre les Pyrénées et le Rhin, d'où dérive le nom de Gévaudan.

Javols devint surtout prospère à partir du deuxième siècle, lorsqu'elle fut occupée par les Romains qui la dénommèrent : Andéritum. Redevenu Javols, elle fût la plus importante ville du comté au Vème siècle, puis détruite au cours de différentes guerres ou invasions, notamment celle de Pépin le Bref contre le duc d'Aquitaine en 754.

Plus tard, le 13 juillet 1380, Du Guesclin chassa les Anglais de la région lors du siège de Chateauneuf-de-Randon, village où il décéda, et dans lequel trône sa statue monumentale.

 

Extrait: La Bête du Gévauda, le loup acquité, enfin.