Bête_du_Gévaudan_(1764)

 

 

A la tête de cette chasse se trouve un noble très connu et influent du Gévaudan, le comte Pierre Charles de Molette, marquis de Morangiès. Agé de 63 ans en 1764, Militaire à la retaite, Pierre Charles de Morangiès s'est illustr en Belgique à la bataille de Fontenoy, gagnée par la France en 1745, ce qui lui valu d'être nommé  lieutenant général. Par contre la guerre de sept ans 1756-1763, lui fut moins propice, malgré une résistance valeureuse. La défaite de Rossbach, contre les Prussiens en 1757, qui lui valut la disgrâce, et même l'emprisonnement a sonné son départ de l'armée, et le retour sur ses terres et dans son château de Saint-Alban. Je reparlerais plus tard de cette noble famille et des déboires aristocratiques de certains de ses membres.

Au cours de cette chasse, la Bête poursuivie par les chiens se sauve en franchissant une rivière, dans un lieu non gardé, en raison de la désobéissance des gens du village du Malzieu, qui ne s'étaient pas rendus à l'endroit ordonné, ou n'y étaient pas restés (peut-être pour se chauffer autour d'un feu de bois?)

Le 30 octobre, une autre chasse devait se dérouler dans les bois de Réchauve, appartenant au comte de Morangiès, mais la neige remet cette battue en question.

A la fin octobre, un paysan de Julianges, nommé Jean Pourcher (qui n'est autre qu'un ancêtre de l'abbé Pourcher, auteur du premier livre sur le sujet) a frôlé la victoire lui aussi; en voici le récit tel que le transmet la tradition orale:

" C'était la tombée de la nuit, la neige recouvrait tout. J'aperçois un peu au loin quelque chose qui suivait le chemin de la fontaine. Alors je prends mon fusil et je vais me poster à la fenêtre de l'écurie. Presque aussitôt arrive un animal que je ne connaissait pas :  c'est la Bête! La peur me saisit, je parviens à peine à tenir mon fusil. Après avoir fait le signe de la croix, je tire sur la Bête qui tombe, puis se relève, se secoue, et sans bouger de place regarde autour d'elle. Alors je fais feu à nouveau sur elle, elle retombe à terre, pousse un cri sauvage, se relève et s'éloigne en grondant.

Si l'on ne se donne pas le moyen d'obtenir de Dieu et de la Sainte Vierge notre délivrance, elle nous dévorera tous, et tout ce que nous entreprendrons sera inutile ".

Etonnant! Incroyable presque! Un animal qui essuie sans dommage un coup de feu, qui ne s'enfuit pas, et regarde autour de lui sans méfiance jusqu'à en recevoir un second, pour enfin quitter les lieux après avoir poussé un cri! Cela ne ressemble pas bien à une réaction d'animal strictement sauvage comme le loup!

Les agissement inhabituels de ce nouveau prédateur jusque-là inconnu intriguent les habitants du Gévaudan. Ils sont même inquiets, et n'osent plus laisser partir les enfants seuls, pour conduire le bétail sur les pâtures les plus distantes; de ce fait, le foin risque de manquer cet hiver.

Les adultes eux-mêmes ne s'aventurent plus très loin au crépuscule ou à l'aube, les bûcherons ne s'éloignent plus des villages ou hameaux.

En conséquence une partie des récoltes est perdue, soit en raison des chasses qui prennent de nombreuses journées (même si ce sont souvent des dimanches), soit par crainte d'une attaque sur les parcelles plus escarpées; le bois lui aussi sera plus rare et plus cher.

Les militaires à la rescousse!

Voyant les proportions que prend cette affaire, le Syndic Lafont se rend bien compte que les populations locales ne pourront à elles seules venir à bout de la Bête; il demande aux autorités de leur envoyer de l'aide.

Sur ordre du roi du 2 novembre 1764, Monsieur le comte de Montcam, gouverneur militaire du Languedoc, donne aussitôt des instructions aux compagnies de dragons basés à Languedoc et Pradelles, d'envoyer un détachement sur les lieux.

Le premier intervenant

C'est le capitain Duhamel qui est désigné pour mener la chasse à la Bête. Il se rend à Mende le 3 novembre au soir accompagné de 56 dragons dont 17 à cheval. Dès son arrivé dans la ville comtale, il s'entretient avec Lafont de l'endroit où il s'établia avec sa troupe, et finallement ce sera à Sain-Chély-d'Apcher situé mieux au centre de la zone des agissements actuels de la Bête. Il se remet en route le 4 au matin, et après avoir couché à Serverettes, il arrive à Saint-Chély le 5 où il s'installe à l'auberge Grassal avec un domestique tandis que sa troupe est dispersée et logée chez l'habitant. Précison que c'est à la population de procurer gîter et couvert aux dragons contre paiement; au final c'est le diocèse qui prend à sa charge les dépenses logistiques.

Plus tard, les consuls du comté voisin de Saint-Flour ne se montreront pas très enthousiastes pour procurer des hébergements à Duhamel et ses hommes. Ils reprochent au militaire son comportement sans gêne, et d'avoir refoulé la Bête dans leur province à force de la chasser dans le Gévaudan. Les Auvergnats, de réputation économes, rechignaient à dépenser futilement du temps et de l'argent au service du royaume.

Le 11 novembre, Duhamel est informé que la Bête a été vue la veille, près du village de Fau de Peyre, à 10 km au sud de Saint-Chély.