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Une homélie surprenante!

Sidérante faudrait-il dire!

En effet, était-ce opportun de faire allusions aux prévaricateurs de la loi auprès du peuple laborieux et humble?

Etait-ce raisonable de culpabiliser d'avantage les parents ou familles des enfants disparus dans d'aussi tragiques conditions?

Etait-ce loyal de mettre ainsi en avant la soi-disante débauche des simples citoyens de cette région rurale isolée, et attardés au plan économique, où ils étaient de par leur situation, privés de tous divertissement et festivités?

Les nobles et le clergé, dont l'évêque lui-même, comte de Mende, qui disposait dans ses fiefs de plusieurs châteaux dont ceux de Chanac, Ressouches, Puylaurens, pouvaient eux, s'offrir de nombreux plaisirs mondains.

Etait-ce bienséant de parler de dérèglement de la jeunesse et de sexualité exacerbée, chez des enfants qui n'avaient accès à rien et qui passaient leur temps dans les champs, sans même apprendre à lire le plus souvent?

Il faut ajouter d'ailleurs que c'était l'église elle-même, qui pourvoyait à l'éducation scolaire des enfants sous l'ancien régime; elle était par conséquent mal placée pour critiquer ce qu'elle faisait ou aurait pu faire.

Le libertinage était bien réel, mais dans la haute société parisienne et certaines cours seigneuriales, aux pensées épucuriennes; et qui par ailleurs commençaient à renier le catholicisme.

Etait-ce justifié de demander plus de ferveur à des catholiques, qui avaient encore en mémoire les terribles désordres provoqués par leur scission religieuses avec les protestants?

A noter que l'évêque parle d'un fléau extraordinaire résultat de la colère de Dieu: il diabolise la Bête en parlant d'un animal inconnu sous nos climats, sans que l'on sache d'où elle peut venir.

Des conséquences douloureuses

C'est sans doute à partir du mandement que la Bête devient l'objet de toutes les suggestions et de toutes les affabulations: mythes, diableries, sorcellerie et loups-garous.

Il prétend que la Bête est un animal parmi d'autres, envoyé par Dieu pour châtier les humains, comme il écrit dans la Bible.

Il ajoute que Dieu peut punir les péchés des hommes par des supplices semblables à ceux qu'ils génèrent, et que c'est le Seigneur qui dirige la course rapide de la Bête vers le lieux où elle doit exécuter les arrêts de mort, que sa justice a prononcés.

A ce propos, on peut supposer qu'un certains nombre de morts ne furent pas portées au "crédit" de la Bête, par crainte de déshonneur religieux.

L'évêque affirme aussi avec assurance que l'animal tombera sous les coups qu'on lui portera, dès que les moments de la miséricorde de Dieu seront venus; cette déclaration aussi intriguera bien des esprits.

Sans verser dans l'athéisme, il faut admettre néanmoins que concernant cette affaire, l'église au travers des propos de l'évêque, va peut-être un peu loin dans ses théories arbitraire et ses directives doctrinaires.

Une fois l'émotion passée, beaucoup de chrétiens durent se demander si ce sermont autoritaire allait pouvoir permettre l'éradication de la Bête, et apporter enfin la sérénité.

 

L'hécatombe se confirme

Les bonnes résolutions prônées par l'évêque à l'attention des paysans, n'ont pas fait cesser les attaques qui semble même redoubler en ce mois de janvier 1765.

Début des repentirs

Le premier dimanche de janvier 1765, le mandement de l'évêque, est donc lu dans toutes les paroisses du Gévaudan. Les prêtres rappelent que le texte de l'évêque affirme que la Bête est un fléau envoyé par Dieu pour punir les mécréants de cette région; les malheurs sont un châtiment des nombreux péchés non expiés. A trop offensé le Christ, les hommes se sont exclus, et doivent donc se repentir activement pour se racheter une conduite.

Pour retrouver la sérénité spirituelle, 40 heures de prières seront nécessaires à chaque chrétiens; ces recommandations seront faites durant plusieurs dimanches.

Duhamel mis un peu en retrait, les nobles de la région se propose de poursuivre les chasses eux-mêmes, pensant réussir, et ainsi se faire valoir au près de la Cour.

Et puis Duhamel n'a pas russi à tuer la Bête et les paysans en ont assez de trimer dans le froid et la neige, mal vêtus et chaussés de sabots de bois et malmenés lorsqu'ils trainaient un peu. Pour ces populations misérables, devoir accueillir au pied levé des militaires qui s'imposent sans gêne chez l'habitant est une raison de l'impopularité des dragons.

Cependant les attaques continuent de plus belle et en des lieux inattendus, distants de plusieurs kilomètres entre eux.

Le dimanche 6 janvier, vers 9h du matin, deux femmes habitant le hameau de Sain-Juéry, se rendent à al paroisse de Fournels pour assister à la messe. Sur le chemin, un inconnu à la longue barbe les rejoint, un homme mal tenu, aux longs cheveux. Il marche un moment à leurs côtés, puis disparaît. Vers midi, les deux femmes de retour chez-elles, apprennent que Delphine Courtiol a été tuée vers 10h du matin dans son jardin. Une heure après, une jeune fille est dévorée à 4 km de là, dans le bois de Montclergues, près de Morsanges, paroisse de Maurines.

Le 8 janvier, Marie Jeanne Saltel est tuée à Rieutord d'Aubrac: on déplore déjà 3 morts et 3 blessés en près de 10 attaques depuis ce tout début d'année.

Retour de Duhamel

Dès le 10 janvier, grâce à des appuis efficaces, le capitaine revient à Saint-Chély, mais avec 11 chevaux seulement au lieu de 17 pour répondre favorablement à l'un des griefs: limiter le piétinement des terres. Ce retour fait suite à l'avis favorable du comte de Moncan, Gouverneur militaire, qui a agi à la demande du militaire frustré d'avoir dû abandonner la bataille si vite. Par un courier de début février il dit que lui est ses hommes sont prêts à se contenter de leur solde de base et à renoncer à la rallonge qui leur était adjointe initiallement. C'est par honneur patriotique et dévouement pour cette région traumatisée qu'ils désirent poursuivre leur action.

Mais cette seconde intervention fut mal reçue par les hobereaux locaux qui voulaient s'octroyer la mort de la Bête et donc la fortune et le prestige.

Les chasseurs et braconniers, dont une bonne partie étaient extérieurs au Gévaudan voyaient eux aussi d'un mauvais oeil ce retour du militaire qui risquait de les priver de la prime offerte.

Cette recrudescence subite des attaques en ce début 1765, frappe les opinions des dirigeants locaux mais aussi du royaume de plus en plus préocupé.

Malgré les critiques formulées à son encontre par les nobles locaux, Duhamel est encouragé par la Cour pour relancer et poursuivre les chasses à la Bête; la revanche du capitain qui reprend pied.

A suivre...

La Bête du Gévaudan, le loup acquitté, enfin