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Le poids de la mythologie

Dans l'hémisphère Nords, aucun autre animal que le loup n'a suscité autant de légendes, croyances, et traditions imaginaires en tous genres. Certains de ces mythes s'appuyaient sur des faits réels ou supposés comme tels, d'autres n'ont aucun fondement historiques ou logique, et tont purement fantaisistes.

 

Loups-garous et lyncanthropes

 

Lorsque l'homme s'identifie au loup

Les loups-garous : dans la mythologie, les loups-garous (sujets dont il faut se garder) étaient très présents. Ce terme désignait en fait des personnes atteintes d'hypertrichose généralisée (pousse excessives de poils sur tout le corps) qui se crouaient obligées de conclure un pacte avec le diable, selon lequel elles devaient errer et hurler les nuits de pleine lune, recouvertes d'une peau de loup. Parfois les victimes innocentes payaient pour les péchés commis par leurs ancêtres. La légende rapporte que seules les balles en argent pouvaient les tuer dans leur forme animale.

Durant le XVIe siècle, la justice française se penchât sur 30 000 procès de loups-garous; sous la torture, les accusés avouaient ce que l'on avait envie d'entendre d'eux, et les malheureux finissaient inexorablement sur le bûcher.

La lyncanthropie : il s'agit d'une maladie mentale obsessionnelle dans laquelle le malade s'identifie au loup, et érpouve le besoin de mordre.

Après avoir absorbé un philtre à base d'opium, de belladone; d'aconit, de sang de chauve-souris, de bave de crapaud, et s'être recouvert d'une peau de loup, il est pris de pulsions irrésistibles et se jette sur ses prochains. Parfois, le lyncanthrope devient cannibale et consomme ses victimes. Les lyncanthropes, comme les loups-garous, devaient prir au bûcher. De nos jours, ces maladies rares sont avant tout assimilées à des troubles mentaux.

Les louveteaux : ce terme a té employé voilà un siècle par Baden Powell un officier anglais. Les boys scout sont appelés louveteaux durant leur période probatoire de formation entre les âges de 8 à 11 ans par analogie à l'animal non encore mature.

La mythologie égyptienne assimilait le loup au culte solaire : Upuaut, dieu loup, guidait la barque de Rê.

Les Grecs le consacrait au dieu de la lumière, Apollon, dont la mère Léto (enceinte de Zeus) aurait rencontré un loup pendant sa grossesse, ce qui lui conférait des pouvoirs surpêmes. Apollon, tout comme sa soeur jumelle Artémis, était invoqué pour protéger les troupeaux contre le loup.

Dans l'ancienne Germanie, les guerriers se nourrissaient de viande de loup pour acquérir son intelligence, sa force, sa rapidité, son endurance.

Le loup bleu : selon la légende, Gengis Khân, le célèbre chef guerrier Mongol avait pour ancêtre un loup.

 

La sorcellerie et les croyances

La sorcellerie dans laquelle le loup tenait une grande place, n'téait bien sûr pas propre au Gévaudan; elle prédisait entre autres choses ces quelques conseils :

- porter une dent de loup pour faire fuir les sorcières, et guérir des frayeurs nocturnes;

- un oeil de loup dans sa poche pour se protéger de l'ensorcellement;

- les onctions à la graisse de loup soigent les yeux;

De nombreuses autres préparations soignaient pratiquement tous les maux.

Dans le même registre, il faut citer la légende des verriers : ces derniers étaient souvent accusés de lyncanthropie, et de tuer des enfants pour préparer leur graisse qui servait à la préparation du verre, et donnait aussi un onguent magique pour se métamorphoser en loup.

 

Les "mauvais loups"!

 

Les loups mangeurs d'hommes

Rappel de quelques un de ces multiples contes, articles ou histoires dans lesquels les loups sont des éternels coupables :

- Le petit chaperon rouge de Charles Perrault relate l'histoire d'une jeune fille dévorée par un loup qui s'est fait passer pour sa grand-mère. La moralité de ce conte publié en 1697 est de faire peur aux enfants pour les remettre dans le droit chemin, et les dissuader de désobéir aux parents;

- les loups envahissent la France : 300 loups déferlent sur l'Aquitaine en progressant par vagues successives depuis l'Est; les hordes de loups remplacent les hordes de barbares dans l'esprit du peuple.

Réputés mangeur de cadavres, et même mangeur d'homme, le loup cristallise toutes les angoisses d'uné époque particulièrement difficile. En cet hiver 846 de la mini période glacière en cours, la température est très basse et la faim préoccupe les hommes et tenaille les animaux.

En Aquitaine, des hordes de loups affamés sortent des forêts. Les témoins les décrivent avançant en colonnes, y compris sur les voies de communication. Les gens apeurés comme en face d'un envahisseur, s'enferment chez eux.

En fait, ces meutes de loups ont fait bien plus de peur que de mal. Il est vrai que quand la faim les tenaille vraiment, ils peuvent alors s'attaquer à des animaux, ou exceptionnellement des hommes isolés en difficulté;

- des loups dans Paris : passage célèbre d'un texte paru dans Le journal d'un bourgeois de Paris : "En ce temps-là (1422) espécialement tant le Roy fut à Paris, les loups étaient si enragés de manger chair d'hommes, de femmes et d'enfants qu'en la darraine sepmaine de septembre estranglèrent et mangèrent quatorze personnes que grans que petits, entre Monmartre et la porte Saint Antoine, que dedans les vignes, que dedans les marais..."

 

L'homme ennemi du loup

Créé par Charlemagne, la louveterie est une institution vieille de plusieurs siècles remise à jour par Charles VI et 1413. Plus tard en 1520, François Ier fonda l'institution de la louveterie, nommant un grand louvetier de France, entouré de ses lieutenants entretenus par la cour. Le louvetier avait pour mission de contrôler le nombre de loups qui hantaient les domaines royaux.

Nantis de privilèges, exemptés d'impôt et de corvées, les lieutenants de louveterie dépendaient directement du roi. Rétablie en 1814, elle fut modernisée par Napoléon soucieux de renouer des liens avec la ruralité. Bien que toujours existante de nos jours, elle est devenue désuète, mais témoigne de cette rancoeur envers le loup et d'autres "nuisibles".

 

Les poisons à loup

Ces préparations qui peuvent aujourd'hui nous paraître risibles étaient pourtant élaborées par des apothicaires réputés; elles étaient recommandées par la Cour pour empoisonner les loups du Gévaudan, et de la France en général. En voici quelques unes parmis les plus connues :

- "Il faut prendre 4 onces de noix vomitique râpée, la plus récente, et autant de verre pillé; une once ou un peu moins, si l'on veut, d'éponge coupée en morceau que l'on fait un peu frire et surtout de manière que ces morceaux ne soient point brûlés; on y ajoute une poignée d'oignons de vachettes ou fausses tulipes (cette plante, qui est une espèce de tulipe sauvage, croît dans les prés et pousse en septembre des fleurs tirant sur le lilas). On peut joindre du sel à cette composition dans les pays où il n'est pas cher. Les loups en sont plus altérés, boivent et périssent encore plus tôt. Si on a des noyaux de cerises noires, on les concasse et on les joint aux autres poisons. On prend un chien destiné à être détruit et on lui fait avaler trois boulettes grosses comme des noix de ces poisons mêlés avec de la viande hachée; le chien meurent peu après, et le venin se mêle dans son sang, etc.

On place ensuite l'animal, ainsi empoisonné, au milieu d'un trou fait en terre de la profondeur de 2 pieds et dans lequel on a eut soin de jeter une certaine quantité de fumier de cheval, etc."

- autre méthode : "On met dans un pot de terre bien propre, un oignon blanc en quartiers, trois cuillerées de saindoux, trois pincées de poudre de fénugrec, autant d'iris de Florence et de seconde écorce de morelle ou réglisse sauvage, gros comme un oeuf de galbanum et une pincée de galanga en poudre. Il faut faire cuire 7 à 8 minutes à un petit feu claire et sans fumée; on retire ensuite le pot, dans lequel on jette gros comme une fève de camphre écrasé; on remue la composition et on couvre, crainte de l'évaporation du camphre; elle doit être ebsuite passée dans un gros linge. Cet appât attire les renards comme les loups, mais il donne encore mieux, quand on substitue au galbanum et au galanga une vingtaine de gouttes d'huile de hannetons, ou d'anis à défaut de cette huile. Il se conserve dans un pot de terre, ou plutôt encore en bois, couvert d'un parchemin mouillé".

- ube dernière enfin combinant poison et piège : "Prendre de la graisse d'un âne gros comme deux oeufs, et autant de terre d'argile, et faire cuire le tout ensemble jusqu'à ce que cela soit bien roux, et le mettre dans une poche de linge; on attache ensuite une louve privée ou sauvage au milieu d'un bois, en suspendant la poche à 6 pieds au-dessu d'elle; la louve se voyant seule, ne cesse de regarder l'appât et de hurler tout la nuit : les loups qui sont aux environs y courent avec une grande rapidité, qu'ils se précipitent dans les pièges dont on a eu soin d'entourer l'animal".

La Bête du Gévaudan, le loup acquitté, enfin