Barghest

 

Les loups et la religion

A propos de la religion, voici quelques manières de voir le loup, selon le côté où l'on se place. Dans nos civilisations latines, le loup en s'attaquant à l'agneau s'en prend au symbole de l'innocence de la Bible et de l'église. C'est ainsi que la religion catholique identifie le loup comme un animal diabolique envoyé sur terre pour pervertir les chrétiens, la louve quant à elle symbolisait la débauche ou le dévergondage. Dans la morale judéo-chrétienne, le loup incarne le principe du mal. Il symbolise le diable qui dévore les corps pour s'approprier les âmes.

Le plus souvent donc, le loup est très étroitement mêlé de façon négative à la religion qui craint aussi que le loup ne devienne un fléau divin. Des loups dit "sataniques" hantaient de nombreuses régions : en Ardennes avec le loup blanc, à Bayeux avec le grand loup noir.

Dès le XIIe siècle, l'église participe à la destruction des loups en invitant chaque chrétien à prendre part aux battues; pour l'église "triompher du loup, c'est vaincre le mal et le péché". Le loup est le symbole du diable, "qui en dévorant les corps s'approprie aussi les âmes des hommes".

Il était alors d'usage d'organiser des battues les jours de fête, après le service divin.

Le loup et l'hérésie : toujours au XIIe siècle, les hérétiques sont assimilés à des chiens ou à des animaux impurs tel que le loup. Après un jugement sommaire, les accusés étaient sacrifiés en publique sur un bûcher.

 

Les loups "amis" de l'homme

 

Les loups "salvateurs et repentants"!

Heureusement, les loups ne sont pas tous aussi méchants que certaines légendes le rapportent; il existe aussi de "bons loups" :

- Le loup de Saint-Gens, qui prit la place du cheval qu'il venait de manger, et tira la charrue en pénitence;

- Saint Hervé, aveugle au VIe siècle, était guidé par un loup. Il était vénéré en Bretagne, où il gardait les troupeaux en compagnie de l'animal;

- Le loup de Saint-Benoît sur Loire abandonna saint et sauf l'enfant qu'il emportait en entendant sa mère invoquer Saint-Benoît;*

- Saint Loup avait la réputation de préserver les hommes et le bétail contre les loups; mais il y eût aussi Saint Jean et le loup de Vernols et bien d'autres encore;

- On peut encore citer le loup de la forêt de Malzéville en Loraine, qui sauva la vie à la nièce du duc René de Nancy;

- Le loup de Gubbio : l'histoire date du XIIIe siècle et relate la vie d'un mandiant. Ce dernier alla à la rencontre d'un loup un peu trop hardi, et après un signe de croix, lui demanda de cessé ses attaques sur le bétail. En échange de quoi les habitants de cette petite ville d'Italie, durent nourrir le mendiant, promu Saint François d'Assise, mais aussi le loup devenu populaire.

 

Le loup et les divinités

- Dans l'Egypte ancienne, le loup était l'objet de toutes les attentions après qu'une bande de loups ait stoppé une invasion ennemie;

- Plus tard, Héra, après avoir été métamorphosée en louve par Zeus, devint Léto, elle mit au monde deux enfants, Apollon et Artémis:

- A Delphes, les loups fuyant le déluge permirent le sauvetage de centaines d'hommes qui auraient péri noyés sans eux;

- A Rome, en Italie, La louve du Capitole nous rappelle la légende de Romulus et Remus, enfants de la princesse Rhéa Sylva qui furent recueillis sur Tibre par une louve, après avoir été jetés à l'eau par le roi Amulius. Ils furent allaités par celle-ci, et ensuite fondèrent Rome, à partir de la ville d'Albe la Longue;

- En Scandinavie, Odin, le Dieu de la Guerre avait une tête de loup;

- Dans son célèbre roman Le livre de la jungle écrit en 1894, l'écrivain anglais Rudyard Kipling imagine l'histoire de Mowgli, un petit garçon perdu dans la forêt indienne recueilli par une famille de loup qui va pourvoir à son alimentation et son développement;

- En Inde, les fillettes Amala et Kamala, furent elles aussi élevées par des loups, avant d'être reprises en main par un pasteur, disent les écrits.

 

Les légendes des meneurs de loups

- Dans ses Légendes Rustiques, George Sand cite un bûcheron de Châteauroux qui parlait aux loups dans un langage inconnu des humains; elle raconte aussi qu'un garde forestier sifflait les loups comme des chiens, et pouvait les caresser;

- Dans son livre Le conteur de loups, Claude Seignolle, raconte les péripéties d'un meneur de loups dans les campagnes, accompagné d'une dizaine de loups, que les habitants doivent nourrir sous peine de représailles. Celui qui refuse l'hospitalité court le risque de voir tout son troupeau décimé;

- Dans les Vosges, sainte Geneviève avait le pouvoir de préserver les hommes, les troupeaux, et les chiens contre les attaques de loups;

- Au VIe siècle, la fille adotpive de la reine Radegonde qui avait été élevée par une louve, parlait aux loups pour les éloignés de Poitiers, mais aussi pour les diriger sur les agresseurs;

- Moins drôle, en Bourgogne, des sorciers attiraient des loups hors des bois pour les introduire dans les bergeries, disent les contes.

 

Le loup et les indiens

De façon générale, toutes les tribus indiennes ont une grande admiration du loup avec qui elles partagent un mode de vie respectueux des équilibres naturels. Il n'existe pas de propos ou d'images négative du loup dans la mythologie indienne. Le loup inspire l'homme par son mode de vie et ses techniques de chasse. La solidarité d'une meute n'est pas différente de la fraternité d'une tribu. Pour ces communautés de chasseurs, il fut souvent assimilé à une divinité alliée imposant la reconnaissance. Aujourd'hui, le loup est le fondement du savoir indien, notamment parmi les populations de la côte pacifique Nord-Ouest du Canada., ou le rituel du loup est une initiation qu'exécutent les enfants pour devenir des hommes. Le "klukwana", la danse du loup, est une tradition qui annonce la saison sacrée de l'hiver pendant laquelle les hommes entrent en communication avec les esprits.  C'est durant cette période que les enfants et les novices reçoivent le savoir des ancêtres sous forme d' "histoires sacrées". Ils apprennent tout ce que le loup a transmis aux fondateurs de leur tribu à travers la force, le courage, les pas et les chants que les danseurs, déguisés à l'image de l'animal, exécutent en son honneur.

Chez les Iroquois de la région des grands lacs, existaient des "tribus de loups". Ces populations vivaient de la chasse et de la cueillette, et considraient le loup comme un être supérieur à qui elles demandaient protection, santé et fécondité.

La légende d'Amarok : Kaïla, le Dieu du ciel, dit à la Femme que le caribou était le plus grand cadeau qu'elle lui faisait, parce que le caribou servirait à faire vivre l'Homme. Rapidement, le pays fut rempli de caribous de sorte que les Fils de la Femme chassèrent bien, furent bien nourris et vêtus, et qu'ils eurent de bonnes tentes de peaux pour y vivre, tout cela grâce au caribou. Les Fils de la Femme ne chassèrent que les caribous gros et gras, car ils ne souhaitaient pas tuer les faibles, les petits et les malades, parce qu'ils n'étaient pas bons à manger et que leurs peaux n'étaient pas bonnes. Il y eut de plus en plus de caribous faibles et malades et de moins en moins de caribous gros et gras. Alors la Femme parla à Kaïla, qui elle-même parla à Amarok, l'esprit du loup qui à son tour parla à ses enfants. Et ceux-ci mangèrent les caribous faibles et malades, afin que le pays soit réservé aux caribous gros et gras. C'est pourquoi le caribou et le loup sont un, car le caribou nourrit le loup, mais c'est le loup qui maintient le caribou en bonne santé.

 

De nos jours encore, nombre de croyances négatives au loup persistent, par méconnaissance réelle et complète de l'animal, et parce qu'elles sont inscrites au plus profond de nos gènes.

 

A suivre...

 

La Bête du Gévaudan, le loup acquité, enfin