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Le royaume s'implique

 

Le début de l'été est marqué par l'arrivée d'un chasseur envoyé par le roi. Ce nouveau venu va suciter l'espoir pour les habitants du Gévaudan, qui en ont grand besoin après tant de malheurs et de désillusions.

 

Le gentilhomme chasseur

Ce dernier, lieutenant des chasses Royales, a été désigné par Louis XV en personne pour venir à bout de la Bête qui terrorise le Gévaudan depuis plus d'un an maintenant.

Ami personnel du roi (il est son porte-arquebuse, c'es-à-dire son servant de chasse). Antoine, de son prénom François, est âgé de 65 ans lors des faits. Il est accompagné de l'un de ses fils, lui aussi grand chasseur à la cour, et de 12 autres chasseurs de haut rang, dont ceux des ducs d'Orléans, de Penthièvre, et ceux du prince de Condé.

Antoine, qui dirige les chasses Royales avec ses deux fils, côtoie le roi presque tous les jours; les gens les appellent "Monsieur" suivi du prénom de chacun des trois membres de cette noble famille.

Les chasseurs quittent Versailles le 8 juin, et arrivent à Saint-Flour le 15 juin 1765 où ils s'installent quelques jours. Habillés de tenues princières, ils inspirent l'admiration et la confiance.

Représentant de l'Etat et du royaume, Antoine ne peut échouer dans cette missions. Il se doit de tuer la Bête, il y va de l'honneur du toi. Antoine est un homme cultivé et intelligent qui écrit beaucoup, et nous laissera de nombreux documents d'archives.

Ils emmènent avec eux deux valets de limiers, un domestique et une meute de 4 chiens choisi parmi les meilleurs des chasses Royales, des chiens racés et bien entretenus, qu'ils transportent sur les lieux de chasse dans des paniers, portés par les chevaux.

Le 21 juin, la Bête se moque de l'honneur du roi en attaquant une fillette de 10 ans, qui gardait ses vaches au lieu-dit Tombevie, sur la paroisse de Clavières. Avec une grande facilité, la Bête emporte l'enfant à 250 pas en passant sous une clôture, pour la déposer dans un bois. Heureusement, son frère alerté par les cris se porte à son secours et harcèle la Bête de sa lance; celle-ci s'enfuit enfin, et la fillette ne sera pas trop blessée. Encore un comportement tout à fait aberrant pour un loup!

Le même jour, on déplore deux morts supplémentaires, les têtes des victimes ne seront pas retrouvées; journée bien remplie pour ce soltice d'été!

Le 22 juin, Denneval accueille Antoine au Malzieu; les deux hommes discutent longuement sur les statégies essayées sans succès, et celles qui pourraient être tentées.

Le lendemain, 23 juin, une chasse générale est organisée par Denneval car un enfant a été dévoré dans les bois de Venteuges. Invité par le louvetier, c'est la première participation à une chasse en Gévaudan pour Antoine et ses hommes fraîchement arrivés. Denneval, avec un groupe, prospecte les bois du côté du Malzieu, tandis qu'Antoine à la tête d'un autre groupe chassera lui plus à l'est vers Saugues. Ainsi en se séparant les deux groupes devraient augmenter leurs chances de succès.

Dès le lendemain, Antoine va s'installer au hameau de Sauzet près de Saugues, dans une maison de maître mis à sa disposition, car c'est dans ce secteur que semble se cantonner la Bête ces derniers temps.

Il va également, ainsi que ses hommes,  être pourvu en chevaux de selle (il en demande 8) et chevaux de bât pour se déplacer à la poursuite de la Bête comme l'indique ce document signé de l'intendant d'Auvergne (puisque Sauzet se trouve dans cette province):

Ordonnance

"De par le roi, Simon-Charles-Sébastien-Bernard de Ballainvilliers, chevalier seigneur de Vilbouzin et de Dumesnil, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, grand croix de l'ordre royal et militaire de Saint Louis, intendant de justice, police et finances en la généralité de Riom et province d'Auvergne.

Il est ordonné aux officiers municipaux et consuls des bourgs et paroisses des élections de Brioudes et de Saint Flour de faire fournir à Monsieur Antoine, lieutenant des chasses de sa Majesté envoyé par ses ordres pour travailler à la destruction de la bête féroce, un cheval ou un mulet avec son bât pour porter les paniers et les quatres limiers lorsque ledit sieur Antoine le demandera.

Il sera fourni pareillement le nombre de chevaux de selle que ledit sieur Antoine demandera pour les jours de chasse, le tout à peine d'amende même de prison contre les refusants.

Il sera pour nous pourvu au payement des journées desdits chevaux ou mulets sur les états qui nous en seront remis par les consuls avec le certificat au bas dudit Antoine que ledit état contient vérité. Fait à Clermont Ferrand le 16 juin 1765".

 Un document sensiblement équivalent sera signé par l'intendant du Languedoc pour la partie Gévaudan.

Le 30 juin, une nouvelle grande battue est mise sur pied par Denneval.

Antoine y participe bien sûr, bien qu'il ne croie pas lui non plus en l'efficacité des battues qui n'ont pas été couronnées de succès à ce jour!

Il préconise plutôt les affûts silencieux de nuit et les embuscades de jour au lieux de passages présumés de la Bête. Il se fait d'ailleurs livrer une caisse de pièges à mâchoires, pour les placer en des endroits présumés statégiques féquentés par les loups dans leurs déplacements.

Antoine semble douter que la Bête soit un loup, puis après réflection, il se résout à cette idée car les traces relevées ressembles assez fidèlement à celles du loup, et de ce fait, il se raillie plus volontiers aux battues.

Les paysans, réquisitionnés de force depuis plusieurs mois, sont eux fatigués de ces battues qui leur font perdre beaucoup de temps, et un partie de leurs maigres récoltes. Ils sont aussi lassés du peu de crédibilité que les grands chasseurs étrangers à la région, semble accorder aux descriptions qu'ils font de la Bête; leur parole eut toujours été mise en doute, rarement prise au sérieux; seuls les dires des seigneurs et des puissants bourgeois, comptent.

Le 2 juillet, la Bête attaque deux hommes à cheval du côté de Serverettes; elle s'élance sur l'un des chevaux et lui fit deux blessures à la croupe, à 4 doigts de distance l'une de l'autre sur 6 doigts de long et un pouce et demi de profondeur.

On a là un comportement et des conséquences faisant penser à une attaque de félin.

En effet, un canidé tel le loup, (par exemple) ne sauterait pas ainsi sur un cheval: il n'a pas non plus la possibilité de griffer de la sorte sa victime.

Le 5 juillet 1765 est enterré Marguerite Oustallier, 68 ans, tuée à Broussolles, paroisse de Lorcières.

A suivre...

 

La Bête du Gévudan, le loup acquité, enfin.