Douées de perception

L'une rabat ses feuilles pièges, l'autre se replie quand on la touche: les plantes dites sensitives peuvent s'animer de mouvements volontaires, visibles à l'oeil nu.

 

 

 

Dionée

 

Dans les marais d'une petite région des Etats-Unis, aux confins de la Caroline du Nord et du Sud, vit une plante extraordinaire. C'est son seul habitat. Ses feuilles articulées en deux valves autour d'une nervure centrale, couvertes de poils fins et très sensibles, sont bordées de longues dents aiguës. Elles se referment brusquement dès qu'un insecte les touche: les dents se rejoingnent alors, telle une véritable grille interdisant toute évasion. Ce piège à ressort, semblable à nos antiques pièges à loup, est unique dans le monde végétal.

 

 

 

 

 

Le piège de la dionée

Si la dionnée, puisqu'il s'agit d'elle, a développé un piège aussi sophistiqué, c'est pour survivre. Dans les sols pauvres en acides où elle croit, elle ne peut trouver tous les éléments nécessaires à sa croissance. Aussi est-elle devenue carnivore.

Ses feuilles sont toutes en deux parties, deux limbes séparés par une sorte de charnière et prolongés par des "dents". Sur leur face interne, près du bord, ses trouvent des glandes rouges très riches en sucres. Leur couleur et leur goût attirent les insectes. Si ces malheureux s'avancent trop loin, jusqu'au milieu des deux limbes, ils percutent trois poils, ce qui suffit à enclencher la "charnière". Les deux limbes se referment alors sur eux et la plante sécrète des enzymes particulières afin de les digérer. Le processus dure une dizaine de jours. La feuille se rouvre, et la dépouille est emportée à la première brise, laissant la place libre pour la prochaine victime.

 

 

 


Mouvements involontaires

Sous l'agents d'agents extérieurs, les plantes ne restent pas immobiles. Ces mouvements, que l'on pourrait qualifier de passifs car la plante ne fournit alors aucune énergie, sont indispensables, au moment de la reproduction, pour la rencontre de cellules reproductrices mâles et femelles ou pour la dispertion des graines. Le fameux rhume des foins est provoqué par le pollen qui se trouve en abondance dans l'air au printemps. Mais les plantes ne bougent pas d'elles-mêmes: le mouvement actif, qui nécessite une dépense d'énergie, est extrêmement rare.

De nombreuses algues unicellulaires sont pourtant flagellées et peuvent donc se mouvoir dans l'eau. Une capacité qui a disparu avec l'évolution du végétal vers plus de complexité et l'émergence d'organismes multicellulaires. Les plantes ont ensuite conquis le milieur terrestre et l'apparition des racines les a littéralement vissées au sol. Mais quand des conditions de vie difficiles ont rendu nécessaire une adaptation radicale - les scientifiques parlent, dans ce cas, de pression sélective -, quelques groupes de plantes, sans lien de parenté étroit, se sont montrés particulièrement inventifs!

 

 

 

 

 

Ouverte ou bien visible, le mimosa pudique? (également appelé sentitive ou trompe la mort) Que survienne le moindre choc, et les lobes de ses feuilles se replient le long des nervures.

 

La pudique sensitive

Les européens qui découvrirent la sensitive au Brésil au XVIIe siècle la trouvèrent bien pudique: au moindre attouchement, elle se repliait. Un comportement qu'a conservé son nom latin scientifique, Mimosa pudica.

Cette plante herbacée est pourvue de jolies fleurs rosées rassemblées en inflorescences sphériques. Appréciée des jardiniers, en particulier dans les régions chaudes, elle est couramment cultivée.

Ses feuilles sont composées, c'est-à-dire divisées en petites lobes folioles. Si l'on touche l'une de ces folioles, elle se replie sur la nervure, et le mouvement se tramsmet de proche, en proche à toute la feuille. Si l'ébranlement est important, toute la plante - voire les plantes voisines - réagit en se contractant. Elle prend alors un aspect fané; ses feuilles sont rétractées et pendent comme mortes le long de la tige.

Il semble que cette sensibilité au toucher résulte d'une adaptation de la sensitive pour se protéger des herbivores: en prenant presque instantanément un aspect fané, elle peut couper l'appétit à un mammifère qui s'apprêtait à la brouter!

 

 

 

Sainfoin oscillant. Ses feuiles sont découpées en trois folioles, dont les deux latérales montent et descendant jusqu'à 60 fois par minutes: la feuille semble battre des ailes!

 

Aux frontières de l'animalité

La sensitive n'est-elle qu'une plante? On pourrait en douter! Elle est réellement anesthésiée et perd pour plusieurs heures sa capacité à refermer ses feuilles lorsqu'elle est soumise aux vapeurs d'éther ou de chlorophome. Et, fait plus étonnant encore, elle est capable, sinon d'apprentissage, de moins d'habitude.

Si l'on soumet régulièrement une sensitive à la même exitation, elle va diminuer peu à peu l'importance de sa rétractation. Après quelques heures, elle y deviendra même insensible. Si l'on interrompt quelques temps cette stimulation, pour la reprendre ensuite, la plante réagira à nouveau, mais moins vigoureusement. Elle garde en quelque sorte un souvenir partiel de son expérience. Selon des chercheurs japonais, c'est à une protéine, l'actine, présente également chez les animaux, que la sensitive doit ces extraordinaires capacités, chaque effleurement entraînant alors une réaction chimique très rapide.

 

Une plante qui fatigue

Chaque feuille de la dionée peut digérer trois insecte au maximum. Comme elle développe six feuilles par bulbe, elle n'attrape même pas une vingtaine de proies par an! Trompée par la chute d'une brindille, la feuille se referme parfois en pure perte avant de se rouvrir rapidement. mais fermeture et ouverture du piège consomment beaucoup d'énergie. Si cela se reproduit trop souvent, la dionée risque de mourir d'épuisement...

 

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