Des secousses meurtrières.

La gravité d'un tremblement de terre ne dépend pas uniquement de la violence des secousses. D'autres éléments renforcent leurs effets dévastateurs. Faute de méthodes de prévision précises à court terme, la prévention est plus que jamais indispensable dans les régions à risque.

12 mai 2008. Un violent séisme (près de 8 de magnitude) dévaste une partie de la région très peuplée du Sichuan, en Chine. Il a prit naissance à une faible profondeur (19 km), à 75km au nord-ouest de la ville de Chengdu. Entre 55 000 et 80 000 personnes périssent, des villages entiers sont détruits. Bien que les causes de tels séismes soient connues - dans ce dernier cas, il s'agit de l'affrontement des plaques lithosphériques de l'Inde et du continent eurasiatique -, il est encore difficile de les prévoir et d'en maîtriser les effets.

 

Quand le sol se liquéfie

Plusieurs facteurs peuvent aggraver les effets d'un tremblement de terre. Il sera évidement très meurtrier dans des régions peuplées ou lorsque les constructions sont de mauvaise qualité. Mais son impact est d'autant plus grave que l'amplitude et la durée des ondes sismiques sont élevées. Leur effet dépend de la profondeur du foyer : si celui-ci est peu profond, une dizaine de kilomètres ou moins, les ondes ne sont pratiquement pas atténuées lors de leur court trajet. La nature du sous-sol et du sol près de la surface a également une grande importance. Les secouses peuvent être amplifiées dans un terrain constitué d'alluvions ou de sédiments récents, peu consilidés, qui, souvent gorgés d'eau, se liquifient alors complètement, perdant toute leur cohésion. Ainsi, en Inde, les effondrements du sol et l'apparition de véritables volcans de sable et de boue témoignent de ce phénomène. Le terrain n'est alors plus en mesure de soutenir les constructions, comme ce fut le cas lors du tremblement de terre de Kobe, au Japon, le 19 janvier 1995. Ce phénomène est fréquent dans les zones littorales : le 28 décembre 1908, le long du détroit italien de Messine, plusieurs kilomètre de plages sableuses et leurs abords se liquéfièrent et s'effondrèrent en mer, emportant routes et maisons...

 

La terre en folie

Les régions affectes par les séismes connaissent d'autres bouleverements tout aussi destructeur que l'effondrement des sols. Dans les argiles, des glissements de terrain de grande ampleur se mettent en mouvement. Ils peuvent alors constituer des barrages dans les vallées, créant des retenues d'eau : Plus de deux cents lacs ont pris naissance lors du séisme de 1783 en Calabre. Quand les roches sont pleines d'eau, elles s'étalent en coulées boueuses : Au Salvador, trois cents habitations furent recouvertes et détruitent à 10 km de la capitale. Les secousses telluriques déclenchent également des éboulements; des blocs de roches qui s'écroulent atteingent parfois plusieurs dizaines de mètres cubes, comme ce fut le cas dans le nord de l'Italie; en 1976, sur le village de Braulins. Si le séisme est peu profond et très violent, le mouvement de la faille se propage jusqu'à la surface du sol. Il provoque alors des ruptures de surface qui se déplacent, verticalement ou horizontalement, le relief et toute construction se trouvant sur leur tracé. Ce qui peut résister aux secousses est alors coupé en deux!

 

Prévenir plutôt que prédire

Si l'on veut vraiment éviter ces scénarios catastrophes, il faut localiser les zones dangereuses et chercher à diminuer le risque. Aujourd'hui, les régions les plus exposées sont bien connues. Pour celles où les séismes majeurs sont plus espacés (plusieurs milliers d'années), il faut remonter dans le passé. Les témoignages écrits permettent de localiser des tremblements de terre destructeurs anciens et de les comparer à des événements plus récents. Plus encore, en étudiant le tracé des failles sismiques ou suspectées de l'être grâce à la datation au carbone 14 des différentes couches, on peut connaître le retour de la période d'activité. Les prévisions à long ou moyen terme (de quelques dizaines de milliers d'années à quelques siècles) sont actuellement réalisable. Mais celles à court terme (appelées aussi prédictions) s'avèrent bien plus complexes, car il s'agit à la fois de déterminer le lieu, l'instant et la magnitude d'un séisme.

Des animaux sont parfois sensibles à certains signaux. Pour déterminer comme eux des phénomènes annonciateurs de séismes, il faudrait que toutes les régions à risque puissent bénéficier d'équipement aussi perfectionnés que ceux dont dispose la Californie, traversée il est vrai par l'une des failles majeures de la planète. Faute aussi de méthodes fiables à 100%, il faut surtout compter sur la prévention. Elle revêt des aspects variés : du comportement à tenir lors des tremblements de terre à l'organisation des secours; de la localisation des habitations aux techniques de construction... En fait, tout ce qui permet de ne pas aggraver l'impacte des secousses telluriques.

 

La mesure des dégats

Plusieurs échelles ont été proposées depuis celle de Mercali, en 1902, pour mesurer l'intensité d'un tremblement de terre. Elles sont éttablies en fonction des observations et des témoignages recueillis après la catastrophe. Presque toutes sont graduées de I à XII, toujours en chiffres romains.

Les premiers degrés (de I à V) :

  • effets ressentis par les personnes
  • déplacements de certains objets (vibrations des portes, tintements de cloches, arrêts des pendules, etc)

 

Les degrés à partir de VI:

  • dégâts dans les constructions (des fissures à la ruine à peu près totale de tous les types de constructions)
  • modification topographique du sol (fissures, glissements de terrain, liquéfaction, etc)

 

L'intensité décroit quand on s'éloigne de l'épicente, situé en surface à la verticale du foyer. Il ne faut pas confondre ces échelles avec celle de Richter, qui mesure la magnitude - donc l'énergie - des tremblements de terre.