Crèches et baby-sitters

Elever ses jeunes n'est pas une sécure. La période est délicate, les périls nombreux. Alors, pourquoi ne pas trouver des astuces pour que cette phase primordiale se passe le mieux possible?

 

Bien avant de la voir, on l'entend déjà. La grande colonie de flamants roses regroupe plusieurs milliers d'adultes. En ce mois de juillet, ils ont fini de se reproduire et les jeunes ont quitté le nid. Mais où sont-ils donc? On ne distingue que des adultes dont la livrée rose tranche contre le blanc et le bleu des salines.

La reproduction aurait-elle échoué? Pas du tout! Là, de l'autre côté du chemin, voici une troupe compacte de flamants au plumage brun. Ce sont des jeunes. Ils sont des centaines qui marchent dans l'eau peu profonde sous l'oeil attentif de quelques aînés.

 

 

 

Crèche rose

Le flamant rose, comme d'autres oiseaux, pratique un système de "crèche". dès que les jeunes sont suffisamment grands pour pourvoir se déplacer, ils se regrouppent sous la conduite d'adultes. Mais leurs parents ne les ont pas pour autant abandonnés: ils vont et viennent tout autour d'eux pour les nourrir tant qu'ils sont encore dépendants et reconnaissent leur progéniture à leur seuls pépiement. C'est dire si chacun a son propre appel! Sachant que des centaines de crèches du flamant nain, espèce vivant en Afrique tropicale, le nombre de jeunes peut atteindre 30 000, on imagine l'incroyable "oreille" que possèdent les flamants...Au fur et à mesure de leur croissance, les liens entre parents et jeunes se distendent jusqu'à ce que ces derniers soient capables de se nourrir seuls et quittent la crèche. Mais pendant tout le temps qu'à duré cette vie en collectivité, les jeunes ont été mieux protégés contre les prédateurs: il est beaucoup plus difficile de se saisir d'un jeune dans une telle foule que d'en attraper un qui se serait quelque peu éloigné de ses parents.

D'autres espèces d'oiseaux procèdent de la même manière: les manchots en Antarctique ou les sternes (ou hirondelles de mer), notamment les sternes caugeks ou royales. Là encore, les adultes repèrent le jeune aux cris qu'il émet. Chez un canard, le tadorne de Belon, plusieurs familles se regroupent de la même façon, et l'on peut voir, par exemple, deux adultes suivis de quarantaines de jeunes. On s'étonne alors qu'il puisse exister de telles familles nombreuses!

Ce mode de regroupement des jeunes dans une crèche se retrouve aussi chez certaines chauves-sourirs et même les grands mammifères marins, notamment les baleines à bosse.

 

 

 

Flamant nain

 

 

 

Sterne royale

 

 

 

Tadorne de Belon

 

Baby-sitting

Les oiseaux connaissent une véritable entraide familiale. Chez les geais de Floride comme chez le guêpier d'Europe, les jeunes nés l'année précédente aident fréquemment leurs parents à nourrir la nouvelle couvée, assurant parfois jusqu'à 30% du nourrisage. Certains chercheurs pensent qu'il s'agit là d'un apprentissage de la future vie parentale.

Chez le gallinule, poule d'eau d'Europe, se sont même les jeunes de la première couvée du printemps qui aident parfois les parents pour la deuxième, qui a lieu quelques semaines plus tard.

 

 

 

Geai à gorge blanche

 

 

 

Guêpier d'Europe

 

 

 

Gallinule poule d'eau

 

 

 

Les ribambelles de jeunes mésanges bleues réclame leur pitance aux adultes. Ces petits oiseaux familiers, habitants des bois, se rencontrent en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

 

Les papas poules de l'eau

De nombreuses espèces d'apogons (poissons vivant surtout dans les eaux tropicales) pratiquent l'incubation buccale, c'est-à-dire que le mâle recueille dans sa gueule les oeufs qu'il a fécondés. Il les garde ainsi à l'abri pendant toute la période d'incubation, qui dure en général une quinzaine de jours, cette période variant selon les espèces. Chez certaines d'entre elles, les alevins viennent même s'y réfugier en cas de danger.

 

 

 

Apogon

 

Protecteurs en tout genre

Les espèces qui vivent en société, souvent très complexes, connaissent de nombreux modes d'entraide et de protection pour élever les jeunes. Chez les lions, plusieurs femelles vivent ensemble; une mère peut sans problème allaiter un jeune d'une autre portée que la sienne.

Chez de nombreuses espèces de chauves-souris, les femelles vivent à l'écart des mâles; si l'une d'elles part chasser et laisse son jeune, il arrive qu'elle allaite au retour le premier jeune qui se présente! Cependant, le plus souvent, et malgré le nombre d'individus, elle est capable, grâce aux ultrasons de retrouver son petit dans le bruit et la noirceur d'une grotte.

De même, chez les loups, les petits peuvent être confiés à un "protecteur", mâle ou femelle, quand la femelle part en chasse.

Dans un groupe d'éléphants, hormis les jeunes, point de mâles. Arrivés à l'âge adulte, ceux-ci vivent en solitaire. La harde, sous la conduite d'une vieille femelle, ne comprend que des soeurs, filles et petites-filles.

Quant survient une naissance, toutes se regroupent autour du jeune et barrissent. Plus tard, elles s'occupent de lui avec autant de ferveur que la mère, l'aidant notamment à franchir des obstacles et lui prodiguant mille soins.

 

 

 

Eléphants et lions: deux espèces chez lesquelles les femelles font cause commune pour l'élevage des petits et n'hésite pas à prodiguer des soins à des jeunes autres que les leurs.

 

 

 
Lorsqu'il est encore très jeune, le baleineau se déplace en nageant tout contre sa mère. Une façon de se protéger de l'éventuelle attaque d'orque.

 

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