Des ogresses vertes

 

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Certaines plantes vivent sur des sols si pauvres en matières azotés qu'elles ont développé un comportement très original pour survivre : elles se nourrissent de petits animaux.

Dans la forêt tropicale, une fourmi se promène sur une liane, appelée népenthès, qui enlace étroitement le tronc d'un arbre. L'insecte s'approche d'une sorte d'urne à couvercle fleurant bon le sucre, parvient au bord...et glisse brusquement le long de la paroi interne pour se retrouver irrémédiablement englué au fond. La plante produit alors des enzymes chargées de digérer sa proie. Les précieuses matières azotées fournies par les protéines de la fourmi seront absorbées par la paroi de l'urne. Cette dernière est en fait une feuille d'un genre très spécial, capable de se transformer, par la sécrétion de ses glandes à nectar et à cire, en un piège paré de bien des charmes, puis par celle de ses enzymes en une sorte d'estomac.

 

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La gourmandise, péché mortel. Pour capturer ses proies, le népenthès s'est doté d'une urne à la délicieuse odeur de sucre, piège fatal aux insectes alléchés par l'odeur.

 

Des protéines pour survivre

Les plantes carnivores sont présentes dans le monde entier, mais on les rencontre surtout sous les tropiques. Elles poussent toujours sur des terrains qui sont très pauvres en azote : fourche des arbres, tourbières, sols granitiques ou eaux douces. Leur survie dépend donc de leur capacité à emprisonner, puis à assimiler de petits animaux, dont les protéines sont riches en azote. Leurs méthodes de capture et les armes qu'elles utilisent sont très variées : urnes chez les népenthès ou les utriculaires, pièges à glu chez les droséras ou les grasettes, pièges à ressort chez la dionée. Les plus gros népenthès de la forêt tropicale peuvent capturer de petites grenouilles et des souris, mais leur ordinaire se compose essentiellement d'insectes, d'araignées, de vers ou de crustacés.

 

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Les feuilles du droséra sont couvertes de poils englués qui lui permettent de capturer de petites proies : il a inventé le papier tue-mouches bien avant nous!

 

C'est Darwin qui, à la fin du XIXe siècle, est parvenu à expliquer cet étonnant phénomène. La plante a commencé par se défendre, en particuliers des insectes, en sécrétant une glu collante. Les cadavres ainsi piégés, accumulés autour de leur prédateur végétal, enrichissait la terre, qui nourrissait alors de mieux en mieux cet hôte vorace par l'intermédiaire de ses racines. Les feuilles ont ensuite évoluées afin de pouvoir assimiler directement le produit de la décomposition des insectes englués sur elles. La plante a ensuite secrété ses propres enzymes, se dotant d'un "appareil digestif" autonome. Dans le même temps, ses pièges se sont perfectionnés et des nectaires sont apparus, chargé de secréter le nectar destiné à appâter les victimes. Des milieux très pauvres en matière organique ont ainsi pu être conquis par ces plantes au métabolisme original.

 

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Les feuilles de la sarracénie pourpre copient celles d'une fleur. Les veines violacées guident les insectes vers le nectar présent au fond de l'urne, mais des poils dirigés vers le bas interdisent toute remontée a ces derniers. La digestion de l'insecte peut commencer...

 

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Nepenthes burkei

 

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Pinguicula vulgaris