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Les autorités s'émeuvent de se carnage comme l'atteste un courrier de Monsieur Lachanède, syndic du Vivarais, à l'attention de l'intendant du Languedoc, daté du 27 septembre 1764, et qui dit ceci:

 

" Depuis plus de 6 mois, une Bête féroce qui rôde dans nos montagnes du Vivarais, voisines de celles du Gévaudan a fait éprouver aux habitants de ce canton l'effet de sa voracité. Je viens d'en être informé par des lettres qui m'annoncent que depuis peu neuf personnes ont été dévorées par cet animal terrible ".

 

Une course plus erratique

Après une série d'attaques peu éloignées les unes des autres, situées en périphérique de la forêt de Mercoire, la Bête change de lieu et d'attitude. Elle adopte désormais un comportement plus erratique.

La Bête semble devenir encore plus imprévisible, capable d'agir plusieurs fois par jour, et partout où bon lui semble. La Bête, qui a parcouru 35 km depuis sa dernière attaque à Rocles, poursuit sa course folle, et tue le 7 ocobre une fille de 20 ans, à Apcher, commune de Prunières, dont la tête sera emportée.

Depuis peu elle semble s'être installée au nord-ouest du Gévaudan, soit à l'antipode de sa région d'apparition. Cette stratégie d'attaque " incohérente ", et cette grande mobilité, vont dérouter les chasseurs décidés à se lancer à sa poursuite.

Le 8 octobre, elle commet deux attaques heureusement non mortelles : l'une à La Fage-Montivernoux, l'autre à Prinsuéjois.

Il se confirme hélas sans équivoque, l'existence d'un nouveau fléau dans ces provinces rurales, aux conditions de vie déjà difficiles par nature.

Aussi quelques nobles, accompagnés de chasseurs locaux, programment une grande chasse (la première organisée avec méthode?) aux environs du château de la Baume, secteur où la Bête a été aperçue dernièrement. Appartenant alors au comte de Peyre, baron du fief du même nom, cet imposant édifice en granit aux intérieurs fastueux, a été construit un siècle plus tôt.

Là, quelques jours auparavant, un jeune garçon a été surpris par la Bête alors qu'il gardait ses vaches; heureusement celles-ci font front et le vacher terrifié en réchappe. Mais l'animal rôde toujours dans les parages, et attend son heure pour revenir à la charge. Le vacher, obligé de sortir le bétail, le redoute.

Au cours de cette battue, la Bête est débusquée et tiré à 10 pas; elle chute à terre et tente de se relever. A ce moment-là, un second chasseur tire à nouveau sur la Bête, qui parvient à se dresser puis retombe en émettant une plainte. Toutefois, elle se relève à nouveau, et s'enfuit sans être rattrapée après avoir reçu un troisième coup de fusil. Etonnement, stupéfaction! Tels sont les sentiments qui envahissent les chasseurs, les premiers à avoir tiré sur la Bête.

Dès cette relation, il faut se poser la question : est-ce qu'un " simple loup " aurait pu survivre à ces coups de feu? La Bête serait-elle donc insensibles aux balles? Les munitions étaient-elles défectueuses? Pourtant les fusils de guerre de l'époque étaient néanmoins capables de tuer à 50 m ou plus.

Cependant, les chasseurs pensent que la Bête a été blessée gravement, et qu'il sera facile de la retrouver les jours suivants, morte ou vivante.

Or, deux jours après avoir été blessée, la Bête est bien valide puisqu'elle perpètre plusieurs attaques : deux le 10 octobre, et une mortelle le 11.

Le 15 octobre la Bête tue et décapite un garçon de 10 ans, à Sainte-Colombe-de-Peyre, pas très loin des lieux où elle a été blessée voilà une semaine.

Le 19, c'est une jeune fille de 21 ans, qui mourra, décapitée elle aussi sous ses crocs, près de Saint-Alban. La Bête va donc beaucoup mieux que les chasseurs ne le pensaient ou l'espéraient.

Elle devient imprévisible; alors qu'elle est traquée dans un périmètre où elle a été aperçue, elle commet des ravages à 10 ou 20 km de là.

Ce comportement n'est pas très orthodoxe de la part d'un " simple loup ", qui vit plutôt en meute, laquelle est a peu près fixée en un lieu ; s'agirait-il de plusieurs loups, plusieurs meutes? Sont-ce des loups enragés?

Sur ordre de l'Intendant Lafont, une chasse gigantesque se déroule le 28 octobre près de Saint-Alban, avec 10 paroisses et 100 000 personnes armés ou non. Le nombre élevé de participants suppose un temps de mise en place conséquent de tous ces hommes à leurs postes respectifs. Ce sont les hommes à cheval, nobles, bougeois ou quelques valets, qui se chargent de cette organisation et de son bon déroulement.

 

A suivre

La Bête du Gévaudan, le loup enfin acquitté