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Offensive contre le louvetier

Début mai 1765, alors que le roi envisage de déléguer Antoine son lieutenant des chasses pour aller tuer cette maudite Bête du Gévaudan, les Denneval protestent auprès de leurs amis : l'Intendant d'Alençon et M. de l'Averdy.

Mais dans le même temps les nobles locaux font pression pour faire partir les Denneval, en invoquant leur incompétence, leur peut d'engouement à la chasse, et leur arrogance. Le comte de Morangiès écrit le 2 mai à ce sujet une longue lettre à Lafont, lequel d'ailleurs commence lui aussi à douter de ces hommes peu efficaces et hautains.  Morangiès réécrira une autre lettre dans le même sens le 18 mai à Lafont. A son tour Lafont répercutera ses griefs à l'Intendant en insistant sur leur incapacité, leur préséance, et évoquera leur éxagération du nombre de loups tués.

En effet Denneval compte, outre les loups tués, les louveteaux morts nés portés par les femelles; il s'approprie aussi sur son compte les loups tués  par les autres chasseurs. Morangiès terminera sa lettre en disant : "ces gens n'ont d'humain que la figure".

C'est une évidence, Denneval n'obtient pas de résultats probants, et commence à se sentir mal vu des consuls, mais également de certains nobles locaux, comme le fut son prédécesseur; le manque de succès éclatant fait vite changer les gens d'attitude.

L'ordonnance que Denneval à rédigé seul  et fait publié dans les paroisses sans l'aval du royaume est une autre pomme de discorde. Dans une lettre du 20 juillet 1765, Monsieur de l'Averdy rappellera les propos désaprobateurs du roi à cette décision arbitraire.

D'autres plaintes sont formulées à son égard aurpès du roi par les nobles locaux : "on le trouve orgueilleux", disent certains, "il ne tue point de loups", dit le syndic Lafont, "il est impertinent avec le peuple", disent d'autres.

Il semble en fait que Denneval était démotivé à l'idée de devoir partager la récompense promise avec d'autres chasseurs, comme il en était logique; il avait transformé la chasse à la Bête en une chasse à la prime. Pourtant ses chiens étaient le plus souvent tenus en laisse de peur de les perdre dans ces terrrains accidentés et également par crainte que la Bête ne les blesse ou les tue. C'était avant tout des chiens de poursuite à vue ayant peu de flair, comme la plupart des chiens pour la chasse à courre. Morangiès raconte devant les Etats Généraux qu'une fois les chiens furent mis sur le passage de la Bête, mais ne donnèrent pas aux traces.

Alors qu'au fil de cette affaire, la popularité du roi commence à s'effriter (les finances du Pays sont en forte baisse, et les états voisins se moquent de la France) cette histoire devient une affaire d'Etat; l'ironie et les critiques acerbes sont de mise au sein de la Cour et du royaume.

Le roi lui-même, qui a pourtant bien d'autres soucis, fait mine d'être consterné en lisant le dernier bilan établi par Monsieur de Saint-Priest : 90 attaques, 49 morts et 18 blessés à la dernière quinzaine de mai!

Aussi, le 30 mai, au cours d'une réunion de travail, il décide d'envoyer en Gévaudan son porte-arquebuse et lieutenant des chasses, pour détruire au plus vite cette maudite Bête.

Malgré son désintérêt apparent pour cette affaire jusqu'à présent, Louis XV est donc néanmoins exédé, pour accepter de se séparer momentanément de son meilleur compagnon de chasse, sa passion favorite.

Voila une semaine que la Bête n'est plus apparue, est-elle morte?

Le premier juin, Jeanne Hugon, 11 ans, est tuée près de Lair, paroisse de Nozeeyrolles, alors que Denneval fait une franche battue à quelques mètres de là; sa jeune soeur rescapée, ne trouvera plus la raison, après 3 jours passés cachée dans un trou de rocher.

La Bête est donc bien remise de ses blessures...

 

Les doutes du grand chasseur

Début juin toujours, Denneval ayant appris ces nouveaux meurtres, va battre plusieurs jours de suite la forêt d'Auvers et le mont Mouchet, en vain, une fois encore...

De plus en plus convaincu que la clé de l'énigme se situe das la région des trois Monts, le louvetier réfléchit beaucoup, intérroge les paysans, questionne les villageois.

"Qui a des chiens par ici? Que pensez-vous de telle personne?"

Il souhaite rencontrer les Chastel, personnages bien connus, pour parler avec eux car il est persuadé qu'ils savent des choses à propos de la Bête.

"De plus, écrit-il, selon les rumeurs, cette famille ne jouirait pas d'une très bonne réputation, sans que l'on sache trop pourquoi".

Dans les villages, mêmes si les habitants soupçonnent les Chastel d'être mêlés à cette histoire de Bête, ils n'en parlent que peu, car la peur d'éventuelles représailles retient les langues.

Les attaquent contienuent, les Denneval sont encouragés à persévérer par la Cour malgré leur disgrâce demandé par certains nobles du pays.

Le 11 juin au petit matin, un berger de la paroisse de Clavières entend du bruit à l'extérieur de la cabane dans laquelle il dort. Il regard au dehors et aperçoit la Bête qui se faufile entre les moutons pour se diriger vers lui; la Bête lui saute dessus après avoir franchit une barrière; heureusement, ses chiens mettent l'animal en fuite!

Là encore, nous voilà en présence d'un comportement bizarre pour un loup, qui ignore les moutons pour s'en prendre à un humain!

Le 12 juin, une grande battue a lieu sur dix paroisses, à partir de la chapelle de Baulieu, au pied du mont Chauvet; la Bête est repérée dans les bois près du village de La Besseyre-Saint-Mary.

Or, ce même jour à 9 h, la Bête attaque sans succès et c'est tant mieux un enfant au hameau du Besset (à plusieurs km au nord de son débusquement)! Puis la Bête est retrouvée à Nozerolles, et sa trace est perdue dans le bois de la Tenazeyre encore une fois! C'est toujours dans ces parages qu'elle s'évanouit pour devenir alors introuvable.

D'autres battues ont lieux : le 16 juin, la Bête est levée près de Julianges, mais au moment où elle va arriver sur la ligne des tireurs, elle rebrousse chemin en traversant la ligne des batteurs; la aussi, c'est un comportement curieux pour un animal sauvage! Une heure plus tard, elle attaque une fillette de 10 ans; heureusement, celle-ci est défendue par ses boeufs auprès desquels elle s'est réfugiée. Les chasseurs suivront ses actes tout le jour : Lorcières, Marcillac, etc. Une fois encore, la Bête sème Denneval et ses hommes, impuissants à la rattraper.

 

Hélas, malgré tout son dévouement, le louvetier est remercier. A la demande du roi, il lui est signifié de quitter prochainement le Gévaudan pour ne pas gêner l'acteur suivant qui va entrer en scène.

 

A suivre...

 

La Bête du Gévaudan, le loup acquitté, enfin.